Délégationdu Morbihan

Collecte nationale 2018

« Avec les minima sociaux, on ne vit pas, on survit »

Valérie témoigne auprès de l’AFP

À l’occasion de la publication ce 8 novembre du rapport statistique du Secours Catholique-Caritas France « L’état de la pauvreté en France », de nombreuses Morbihannaises ont accepté de donner leur témoignage à la presse nationale ou locale. Valérie, Alréenne, a confié à un journaliste de l’AFP ce qui fait son quotidien. Elle témoigne également avec notre présidente de délégation Secours Catholique du Morbihan, Béatrice, pour « Le Télégramme » (édition du 13 novembre 2018).

Valérie, qui témoigne, et Béatrice, présidente de la délégation Secours Catholique du Morbihan, à la rédaction du « Télégramme ».

publié en novembre 2018

« On s’habitue à tout, même à la pauvreté ». À 54 ans, Valérie a élevé seule ses deux enfants grâce aux aides sociales. Mais maintenant qu’ils grandissent, cette mère handicapée a l’impression d’être conduite vers « la porte de sortie ».

Les plus de 50 ans sont de plus en plus nombreux à pousser la porte du Secours Catholique, selon le rapport statistique 2018 de l’association publié jeudi 8 novembre. Dans ce rapport l’association s’alarme d’une « précarisation des seniors » depuis dix ans, et s’inquiète notamment d’une « population française plus féminine et vieillissante » parmi les personnes en situation de pauvreté.

Depuis quatre ans, Valérie vit dans un HLM d’Auray, dans le Morbihan. Cette mère handicapée a encore son plus jeune fils de 17 ans à charge. L’aîné, âgé de de 21 ans, travaille et leur père n’a jamais versé de pension alimentaire. Valérie souffre d’une épaule défectueuse depuis plus de dix ans. « Je suis un peu comme Jamel Debbouze : j’ai une main, mais elle me sert pas à grand-chose », plaisante-t-elle.

Elle ne travaille plus depuis six ans, après une carrière hachée faite de boulots dans la restauration, d’un poste d’assistante maternelle et d’une expérience malheureuse de commerçante.

Depuis octobre, Valérie vit de l’allocation aux adultes handicapés, obtenue après des mois de démarches administratives et la perte de son dossier par l’administration. Une aide sociale qui vient d’être revalorisée à 860 euros par mois. « Ça reste sous le seuil de pauvreté, mais ça je crois que tout le monde s’en fiche », remarque-t-elle, jointe au téléphone par l’AFP.

Sans emploi ni ressources, Valérie touchait auparavant le RSA : 660 euros alloués pour elle et son dernier fils. Avec les minima sociaux, « on ne vit pas, on survit », résume-t-elle.

Pour nourrir le foyer, elle va dans un supermarché discount chaque semaine. Elle n’achète « que des basiques : céréales, pâtes, riz, lait. La viande, c’est uniquement quand il y a des promotions sur les lots de dix ». Fruits et légumes sont eux achetés en fin de marché, à un petit producteur qui lui fait des rabais. Quant au poisson, « on n’en mange jamais », malgré la proximité de l’océan.

Pour joindre les deux bouts, Valérie a fait une croix sur ses loisirs : pas de cinéma, pas de piscine. Seules restent la marche en bord de mer et la méditation à la maison.

Malgré ces habitudes, les imprévus demeurent : un surplus sur une facture d’eau, ou la courroie de distribution de la voiture qui lâche, sont synonymes de dettes qui s’accumulent : « Quand j’étais au RSA, je n’arrivais pas boucler mes fins de mois », explique Valérie. En 2017, sa banque lui a facturé « 350 euros » de frais liés à ses découverts. « Le plus difficile, c’est quand mon banquier m’a pris la totalité de ma prime de Noël et m’a dit d’apprendre à gérer mes comptes », raconte-t-elle.

En cas de coup dur, elle se rendait aux Restos du cœur. « Mais c’est humiliant de faire la queue là-bas à plus de 50 ans. » Depuis que son aîné enchaîne les petits boulots, elle évite d’y retourner.

Voir ses deux fils grandir signifie aussi une baisse de revenus : son aide au logement est réduite depuis le départ de son aîné. Elle n’a plus le droit aux bons vacances de la Caisse d’allocations familiales (CAF) et évite de quitter la Bretagne.

« Maintenant que j’ai fini d’élever mes enfants, je ne sers plus à rien, soupire-t-elle. J’ai l’impression qu’on me montre la porte de sortie. » Un sentiment renforcé par ses expériences chez Cap emploi, l’organisme de réinsertion professionnelle des personnes handicapées. Les deux formations qui lui ont été proposées, pour travailler dans l’aide médico-psychologique et la restauration scolaire, n’ont débouché sur rien. « Depuis, j’ai renoncé, j’essaie de me protéger et d’apprendre à vivre autrement. »

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