Délégationdu Morbihan

Rapport national sur la pauvreté en France

« La France ne veut pas de moi ! »

Chômeur ou travailleur précaire.

C’est Sylvie qui le dit au journaliste d’un journal régional lors de son témoignage à l’occasion de la sortie du rapport national. Et elle trouve ça dommage. Son témoignage et celui de Cécile illustrent la première partie du rapport national 2019 sur la pauvreté.

Cécile et Christophe Henry, président de la délégation, à RCF

publié en novembre 2019

Sylvie a travaillé durant vingt-deux ans dans un grand groupe du Cac 40. L’état d’une maman malade et dépendante l’a contrainte à cesser son activité. Elle se demande pourquoi, aujourd’hui, à la cinquantaine passée, ses compétences ne feraient d’elle pas une personne employable. Serait-elle trop qualifiée pour certains, ou pas assez pour d’autres, et son expérience la rendrait-elle moins malléable ? Craindrait-on des prétentions salariales qu’elle n’a pas ? Ces questions la taraudent.

Elle est persuadée qu’elle a encore beaucoup de choses à apporter aux autres et pour l’heure, espère un appel de l’inspection académique pour venir en aide auprès des enfants en tant qu’AESH. En attendant, elle s’occupe, dans son équipe du Secours Catholique, de l’alphabétisation de femmes irakiennes, prenant plaisir à adapter son enseignement à leur besoin, travaillant par exemple, sur le vocabulaire de la pâtisserie avec celle qui a le projet d’en faire son métier.

Cet investissement lui permet, de rencontrer plein de gens, de relativiser son propre problème et de pouvoir se dire qu’elle n’est pas seule à devoir se contenter des minima sociaux, de se nourrir grâce aux Restos-du-cœur et aux produits de son jardin, de se passer depuis longtemps déjà de toute sortie.

Le parcours de Cécile est différent mais la précarité dans laquelle elle se trouve est la même. Jeune maman de quatre enfants, elle a quitté le foyer familial dans lequel elle ne se sentait plus capable de vivre, une décision qui l’a amenée à laisser au papa, la garde principale des enfants. Cécile travaille dans une cantine, mais le salaire des vingt-deux heures hebdomadaires qu’elle effectue, lissées sur l’année, ajouté à la seule aide à laquelle elle peut prétendre ne lui permettent pas de faire face à toutes ses charges. Certaines factures restent en souffrance, le règlement des échéances traîne et les demandes d’assistance auprès des services sociaux prennent du temps, sans garantie de réponse positive.

Il est difficile dans ces conditions, d’assurer les anniversaires et le Noël des enfants qui lui font sentir leur déception. Pas question non plus de penser à elle et se donner le plaisir d’une adhésion dans un club sportif, ce dont elle rêve pour son équilibre. Casse-tête permanent pour trancher entre les extras éventuels le week-end pour gagner plus et l’accueil des enfants. Difficile de supporter le regard, les réflexions et parfois les reproches de certains qui ne comprennent pas ses choix. L’espoir de Cécile, c’est d’obtenir un autre contrat avec davantage d’heures et si possible plus près de chez elle. Alors peut-être, cette battante, pourra-t-elle envisager l’avenir plus sereinement.

Sylvie et Cécile savent, en tout cas, qu’elles peuvent, l’une et l’autre, compter sur le soutien moral des équipes locales là où elles vivent et les aides matérielles auxquelles elles peuvent prétendre.

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