Délégationdu Morbihan

Porter plus haut et plus fort la parole des plus pauvres

Des équipes du Secours Catholique se mobilisent pour apporter leur pierre au grand débat national

Le mouvement des gilets jaunes, dont le « premier acte » a eu lieu le 17 novembre 2018, continue à marquer de son empreinte le climat social de ce début d’année. Personne ne peut rester indifférent aux problèmes qu’il soulève. Une de nos préoccupations en tant qu’acteurs de Secours Catholique doit être de favoriser la parole des plus pauvres.

Vannes, participation au grand débat national.

publié en mars 2019

Dès le 23 novembre 2018, la direction Action et Plaidoyer France-Europe propose d’éclairer le réseau national sur une situation inédite. Les rédacteurs de la « note de positionnement du Secours Catholique » rappellent que « les “gilets jaunes” posent la question de la justice sociale dans la transition écologique ». Ils donnent aussi un certain nombre de repères et d’écueils à éviter [1].

Le 5 décembre, la présidente nationale, l’aumônier général et le secrétaire général du Secours Catholique interrogent un certain nombre de personnes du réseau sur l’intérêt d’un débat au sein du Secours Catholique, suscitant de nombreux retours favorables. Ils invitent donc les délégations à engager le débat en veillant « à y associer au maximum des personnes ayant l’expérience de la pauvreté ».

Cet appel rejoint celui du Conseil permanent de la Conférence des évêques de France, qui, le 11 décembre, invite les catholiques de France et tous les concitoyens, dans les paroisses et les mouvements, à « apporter (leur) contribution pour aider notre société tout entière à surmonter la crise qu’elle traverse ». Il propose donc de créer des groupes d’échange et d’y inviter « très largement d’autres personnes, partageant ou non notre foi, qui peuvent être intéressés d’y participer et d’y apporter leurs idées ».

Dans la délégation du Morbihan

Sans gilets jaunes ni ronds-points, la délégation du Secours Catholique du Morbihan met en œuvre des « carrefours » où les participants peuvent livrer leurs préoccupations et apporter leurs propositions pour enrichir le grand débat national.

À Vannes tout d’abord, à Sarzeau le 5 février, puis à Elven le 8 avril une soixantaine de personnes répondent à l’invitation de la délégation. Un petit groupe de pilotage a, en amont, travaillé à l’animation de ces rencontres. Le schéma proposé par le siège national lui convenant il restait à peaufiner le rôle de chacun et à anticiper les aléas pouvant intervenir au cours des échanges.

Après ces débats, les constats sont positifs. Le cadre fixé pour l’animation – temps imparti aux différents moments du débat, rappel des règles acceptées au départ – rend la communication fluide et évite les dérives. Les deux objectifs principaux, permettre l’expression de tous et rédiger des propositions, sont atteints dans les deux rencontres.

Audrey, l’animatrice qui a piloté ces débats, témoigne : « Ce qui nous a paru remarquable dans ces trois cas, c’est la liberté avec laquelle se sont exprimées les personnes, quelle que soit leur situation personnelle. C’est aussi la qualité de l’écoute de l’ensemble des participants et le respect de la parole de chacun, quand on sait combien il est facile de céder à la tentation de juger ou d’apporter des réponses toutes faites. »

Autre point intéressant : le temps de formulation, en petits groupes, de propositions sur les deux thèmes les plus cités, donne la possibilité de creuser chacune de ces propositions, d’en peaufiner l’écriture et d’envisager qui elles engagent et à quel niveau.

À l’issue de ces rencontres, nous avons à la fois le sentiment de participer à une action collective nécessaire et la conviction que le Secours Catholique se fera le porte-parole des personnes présentes et que sa contribution sera entendue aussi bien au niveau local que national.

« Avec ce qu’on touche, on ne vite pas »
Paroles de participants

« Moi c’est une situation de handicap. J’ai été licenciée pour inaptitude à cause d’une maladie qui n’est pas reconnue en France. D’accord ça n’existe pas, donc moi j’ai eu trois ans de chômage puisque j’avais plus de 50 ans. Maintenant on se démerde avec ce qu’on a : l’ASS… et pareil, je suis pas sûre de l’avoir tout le temps parce, d’un jour à l’autre ils peuvent venir me dire : “Ouais mais l’ASS, c’est pas éternel, c’est une aide.” »

« Moi je me rends compte quand je vois l’assistante sociale, elle me le dit : “Euh… Votre loisir ?” Quoi ? C’est quoi les loisirs ? Il n’y a pas de loisirs… entre ce que je gagne et ce qui sort c’est pas compliqué, de toute façon il reste que dalle…

Là je suis en panne de voiture, je ne vais plus avoir de voiture. Elle ne passe pas au contrôle pour un voyant qui reste allumé. C’est lamentable. On nous enfonce complètement. Moi je ne peux plus faire un plein de gazole, ce n’est pas possible. Je n’ai pas les moyens de la faire réparer, j’en ai pour 600 euros. Alors moi j’arrête. J’arrête.

Donc là, ça touche le pouvoir d’achat. Avec ce qu’on touche, on ne vit pas. On survit, à peine. À peine ! Heureusement qu’il y a le Secours Catholique pour nous aider et les Restos du cœur pour manger. Et pour se rencontrer… C’est important ça aussi… On se soutient. »

[1] Ainsi selon cette note, il faut éviter de « mener une politique écologique qui ne se soucierait pas de son impact social » mais aussi ne pas « reporter sine die les politiques de transition écologique au nom de leur impact social ». En effet, est-il précisé dans la note, « le Secours Catholique refuse d’avoir à choisir entre justice sociale et préservation de notre “maison commune”. »

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