Délégationdu Morbihan

Témoignages sur la problématique de la mobilité

Le rapport statistique publié le 5 novembre par le Secours Catholique-Caritas France souligne les difficultés rencontrées par nos compatriotes en matière de précarité et de mobilité [1].
L’objectif du dossier que nous vous proposons ici est de donner la parole à celles et ceux qui vivent ces difficultés et qui nous interpellent.

Témoignages sur la problématique de la mobilité

publié en novembre 2015

Ria d’Étel

Carole habite au « paradis ». Elle a choisi il y a trois ans de quitter Nantes et de se refaire une santé sur les bords de la ria. Pour elle et ses enfants, il était important de renouer avec des proches et de changer d’air. Consciente qu’elle allait perdre les avantages d’une ville où le tram et les bus vous conduisent partout rapidement, elle assume sa décision et accepte d’en payer le prix. Faire les courses à Plouhinec lui demande 40 minutes de marche à pied. « Alors, dit-elle, on apprend à vivre différemment. »

Pourtant Carole aimerait être plus libre, moins dépendante des autres pour ses déplacements et ceux de ses enfants. Accompagnée par un travailleur social, elle effectue les démarches nécessaires pour bénéficier de la formation au permis de conduire dispensée dans le cadre de l’université sociale à Caudan. Elle obtient un accord pour une formation qui commencera en janvier 2016. S’y rendre ne va pas de soi. Il ne faut pas compter sur le bus qu’elle doit prendre à 2 kilomètres de la maison et qui l’emmène à la gare routière de Lorient où elle doit attendre une correspondance pour Caudan. Il reste la possibilité d’un covoiturage où l’achat d’un deux-roues. Grâce à l’aide de connaissances et de l’équipe du Secours Catholique de Plouhinec, Carole dispose maintenant d’un scooter « qui démarre et dont l’éclairage fonctionne. » Elle a quelques semaines encore pour régler la réparation des freins et souscrire une assurance. Elle a bon espoir d’y arriver et compte sur l’aide de proches et d’amis.

En pays Pourlet

Gabrielle et Cédric sont aujourd’hui bénévoles à l’équipe de Guéméné-sur-Scorff. Il y a trois ans ils s’installent à Locmalo avec leur petit garçon. Un projet familial et professionnel les a fait quitter la région parisienne pour le Centre Bretagne. Cédric commence à travailler dans une entreprise mais le contrat est rompu au bout de deux jours : il ne possède pas le permis de conduire et l’employeur a besoin d’un ouvrier qui conduit. Alors c’est une période de stress et de grosse fatigue pour le couple. Les boulots en intérim permettent de vivre, mais avec un seul permis c’est tantôt l’un qui travaille tantôt l’autre, jamais les deux ensemble puisque c’est toujours Gabrielle qui conduit. Et il faut aussi conduire le fils à l’école. « Se déplacer ici, c’est l’horreur. On est enclavé », assène Cédric.

Heureusement dans le pays Pourlet, on sait accueillir et le couple trouve des soutiens notamment au niveau de la paroisse. Aujourd’hui Cédric a obtenu son permis. Le couple s’est engagé dans une formation commune de tourisme vert à Pontivy, avec le projet de travailler ensemble. Plus sereins, ils sont à même de prêter attention à ceux qui comme eux vivent plus ou moins bien leur isolement. C’est le cas de Raymonde, une voisine, maman de trois enfants, qui est contrainte de rester à la maison lorsque Michel son mari est au travail. Actuellement c’est le manque de ressources qui les bloque, en attendant la régularisation du dossier de chômage de Michel. Alors, comme il est difficile de faire le plein, on bouge le moins possible et on s’arrange avec les voisins pour emmener et chercher la grande au collège.

La situation est la même pour Yolande, de Locmalo, qui à presque 70 ans effectue à pied les 5 kilomètres qui la séparent du supermarché. Quand Gabrielle se trouve sur son chemin, c’est du temps de gagné et de la fatigue en moins.

Pays de Ploërmel

De telles situations ne sont pas rares non plus dans la partie nord-est du Morbihan. Geneviève, bénévole à Guer, déplore le manque de dessertes pour Malestroit où se trouvent les assistants sociaux, ou pour Redon. L’équipe du Secours Catholique réunit régulièrement des personnes isolées pour le café du mercredi en utilisant un bus qu’une association met à sa disposition et complète son action tous les mardis par les visites à domicile.

À Josselin, les deux tiers des aides d’urgence sollicitées le sont pour remplir le réservoir et se rendre au travail. Ici c’est l’équipe du Secours Catholique qui a sollicité la mise à disposition par la mairie d’un véhicule pour un après-midi et faciliter le déplacement des personnes éloignées. Elle a répondu par un microcrédit au financement partiel du permis de conduire d’une maman de neuf enfants qui, tributaire de l’emploi du temps de son mari, ne peut, sans voiture, parcourir les 17 kilomètres qui la séparent des magasins d’alimentation.

Un coup de pouce a permis également à un père de famille séparé de ses enfants d’acquérir un véhicule et de les retrouver pour les vacances d’été. Son fils Thomas exprime ainsi sa gratitude : « Merci pour votre générosité, grâce à vous, mon père peut enfin venir nous chercher pour passer d’agréables vacances, et nous ne restons pas bloqués dans la maison. » « Par ailleurs, dit ce papa dans sa lettre de remerciements, je peux accélérer ma réinsertion professionnelle en répondant devant les employeurs potentiels par une fiabilité de ma mobilité. »

En ville

Si elle est meilleure qu’en milieu rural, la situation des transports en ville n’est pas pour autant idéale. Des personnes passent à côté des nombreux dispositifs d’aide mis en place par les mairies : les travailleurs dont les horaires ne correspondent pas à ceux des bus, les enfants qu’on n’inscrit pas au club de sport parce que la carte coûte encore trop cher ou que le stade n’est pas desservi, les demandeurs d’asile déboutés qui en perdant droits et ressources se voient de fait aussi supprimer la possibilité de circuler à moindre coût. S’alimenter, conduire les enfants à l’école, faire les démarches en préfecture ou au bureau d’accueil, poursuivre les cours d’alphabétisation relève alors d’un véritable parcours d’obstacles.

Toutes ces situations nous interpellent et nous posent la question de notre accompagnement et de sa nature. L’éditorial de notre présidente et le dernier numéro de Messages [2] nous indiquent dans quelle voie le Secours Catholique souhaite que nous poursuivions notre engagement.

>> L’éditorial de Véronique Fayet, présidente du Secours Catholique-Caritas France : © Vidéo : Secours Catholique-Caritas France, novembre 2015 - Direction de la communication, département vidéo

[1] Secours Catholique-Caritas France, Statistiques d’accueil 2014. La fracture mobilité. Rapport publié le 5 novembre 2015, disponible sur :
http://rapport.secours-catholique.org

[2] Secours Catholique-Caritas France, Messages,
n° 706, novembre 2015. Revue publiée sur :
www.secours-catholique.org/publications

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